Femme debout

Une heure. Une semaine. 6 mois. 3 ans. 7 ans. Il est là, sous mes doigts posés sur le clavier, le temps passé à tes côtés. Une vie entière pour eux, un chapitre pour nous deux. « Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… », très peu pour moi. Quoique. On aurait pu y croire. Et puis en fait non. Je ne dirais pas que c’était couru d’avance, mais presque. « On m’avait prévenu » comme dirait l’autre. Et j’y est cru. Dur, très dur. Fort, trop fort. Si fort que je me suis perdue en chemin. Et que la chaleur des lendemains d’ivresse a fait place à la froideur des mots qui blessent et des situations qui broient les entrailles. Et je me suis pris un mur. Une fois. Puis deux. Puis dix. Et puis, et puis j’ai arrêté de compter. Et puis j’ai arrêté d’avoir mal. Et quand la douleur te glisse dessus, alors tu sais. Tu sais que tu es prête. Tu sais que tu as peur aussi. Mais la peur est un ennemi sournois, qu’il faut combattre intelligemment. Alors tu la ranges sagement dans l’un de tes nombreux tiroirs, le temps d’éclaircir ton ciel, lourd et pesant au dessus de ta tête. Et tu fonces tête baissée, les bras en croix sur la poitrine, pour ne rien laisser dépasser, pour ne pas flancher et ne pas te retourner. Jamais. Parce que tu sais que tu laisses derrière toi du désagréable, du triste, de la malhonnêteté, mais que tu préfères garder le beau, garder la chaleur des jours sans pluie et la douceur des matins sans cris. Parce rien ne sera jamais vraiment terminé, parce qu’on ferme un chapitre pour en écrire un autre, plus joyeux, tous les deux, toujours.

Commence alors l’appropriation de ta séparation par ton entourage et l’émergence de sentiments, de partis-pris, de jugements, fondés ou infondés. Il y a ceux. Ceux qui savent tout et ceux qui ne savent pas. Il y a ceux qui pensent savoir et ceux qui savent très bien qu’ils ne connaissent rien. Il y a ceux qui rient et ceux qui pleurent. Il y a ceux que tu blesses, sans le vouloir, dans la bataille. Il y a ceux qui parlent et ceux qui se taisent. Il y a, toujours, les autres. Les indispensables, et les étouffants. Il y a les paroles rassurantes, les mains tendues, les bras pour pleurer, même s’il ne s’agit pas toujours de ceux que l’on espérait. Il y a les bonnes surprises et, petit à petit, il y a ce sourire qui, progressivement, se redessine sur ton visage. Ton cœur n’est plus une enclume que tu peines à transporter. Cet instant de bonheur fugace ne dure que quelques secondes au départ. Mais ce sont ces secondes qui t’aident à tenir jusqu’au lendemain. Ton ciel s’éclaircit peu à peu, et le tableau délavé de ta vie se pare à nouveaux de ses plus belles couleurs. Tu vis les 4 saisons en 4 semaines, tu ressens toutes les émotions intensément, tu ris plus fort, tu pleures encore, tu t’en veux, tu doutes, tu avances, tu recules, tu accélères et, quelques mois après, tu te retournes et tu sais que tu as derrière toi celle que tu n’es plus aujourd’hui et celle qui n’est pas encore tout à fait toi demain. Mais que celle d’aujourd’hui, a encore tout à (re)vivre. Pour elle, et pour la femme qu’elle est.

On entend trop souvent, qu’assumer, c’est rester. Je ne suis pas d’accord. Assumer c’est partir. Assumer c’est s’aimer. Encore, toujours. Mais particulièrement différemment. Assumer c’est dire non. Non aux heures qui tournent en rond et dégoulinent. De larmes. De mots qui claquent et crient derrière des portes fermées à clé. Assumer c’est désirer reprendre son souffle alors qu’on en manquait amèrement. Et sortir la tête de l’eau. Petit à petit. Assumer c’est arrêter de se mentir, de souffrir, et de faire souffrir l’autre et soi-même. Assumer c’est oser, se relever et rester, contre vents et marées, une femme debout.

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10 commentaires sur “Femme debout

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  1. C’est beau et fort. Tu es forte… je pense que peu prenne cette décision car elle parle de toute une vie mais quand cela veut dire qu’on sera plus heureux comme ça, t’es enfants comprendrons et seront certainement mieux eux aussi… ton article pourra aider j’en suis sure… tendre pensée ma douce

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  2. Un texte fort et courageux. Je pense également que parfois il faut savoir partir. Je te souhaite beaucoup de bonheur maintenant que tu as pris ton envol. La route sera peut être parfois longue et hardue mais tu aura la satisfaction d’avoir été fidèle à toi même et d’avoir choisi le meilleur pour tes fils. Ils méritent d’avoir une maman épanouie et rayonnante ! 💜💜💜

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  3. Tu dis si bien cet envol, ce n’est pas une fin, la fin était déjà passée sans doute, c’est un départ, des ailes pour une vie dans laquelle tu auras plus de poids, toi. J’ai l’impression que cette douleur t’amène de bien jolis mots, aussi, j’espère que ça aussi ça te permettra de t’envoler dans tes projets d’écriture, car ce texte est un bel exemple de ton talent! Et ça tu ne le dois à personne, si ce n’est à toi.

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    1. Merci énormément pour tes mots qui sont forcément une grande force pour moi. L’écriture me manque terriblement car je n’ai pas le temps de m’y consacrer mais je vais tenter de prendre le temps tout de même. C’est essentiel…Merci ! ❤

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  4. Texte magnifique et chaque mot est brûlant de sincérité, d’honnêteté. Tu es coûteuse et terriblement forte, forte d’assumer avoir des faiblesses par moment, et encore plus forte de dire tout haut tout ça. Merci pour ce billet.

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