Je me souviens

Mes yeux brûlants fuient l’horizon rouge feu et les vagues claquent, crient, cognent dans mes oreilles. La cadence est donnée. Il est 17 heures et j’ai mal. Mal d’entendre encore ses murmures couler sur mon corps. Devant moi, le soleil fait, sans retenue aucune, l’amour à l’océan. Fougueusement, rageusement, passionnément. Tous deux se couchent, ensemble, dans un dernier élan de lumière. Je sens le vide en moi, le froid, l’abîme se creuser. Les deux mains dans mes poches, profondes et chaleureuses, je caresse du bout des doigts un monde qui n’est désormais plus le mien, le chaos. Certains fragments de ma vie sont encore salement incrustés dans ma peau bousillée. Mais ce qui se joue dans ma poche gauche est bien plus fort, plus grand, que cette foutue douleur supportée nuit et jour depuis des mois. J’ai dans la poche des éclats de moi-même, des rêves pour demain, des souvenirs d’enfance et deux ou trois trucs sans importance. Mais j’ai surtout, et pour longtemps,  le seul et l’unique, le précieux, mon précieux, celui qu’on ne jette pas, celui qu’on ne froisse pas, celui qu’on oublie pas, jamais, quelque soit le chemin emprunté : Le porte bonheur de ma vie, mon trèfle à quatre feuille, un morceau de papier, chaud et imberbe, doux et léger. Deux mots. Deux mots rien que pour moi, si banals et pourtant si singuliers. Deux mots presque effacés mais des lettres à jamais tatouées dans ma tête en chantier. Les premiers prononcés par sa bouche velours. Les seuls que j’aie voulu retenir ce soir de l’automne dernier. Ce soir où sa main forte, a tourmenté la mienne, ce soir où sa joue, animal-amoureuse, a effleuré la mienne. Le papier sous mes doigts ravive les souvenirs de mon jardin secret : l’odeur des sièges en cuir, ma cuisse collée contre la sienne, le bruit sourd de la rue, les rires des passants innocents, et ses mots, ô oui ses mots, qui s’envolent, se perdent, se cognent dans l’habitacle avant qu’il n’ose enfin, déposer sur mes lèvres tremblantes, le baiser interdit. Attends-moi, m’a t-il dit. Attends-moi, je reviendrai. Et je l’attends toujours, mon impossible amour. Peut-être a t’il menti, peut-être a t’il dit vrai. Peu m’importe aujourd’hui. Le soleil, ce chanceux, dort à présent tout près de l’océan, rassasié du plaisir assouvi. Et je sors de ma poche, le chiffon de papier. Mes larmes pleuvent et derrière elles, la joie. Derrière ses mots, les miens : je t’attendrai, mon amour, je t’attendrai toujours.

Crédit photo Amélie Marzouk https://www.studio-photographe-paris.com/studio-photo-paris-porte-maillot

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